• Réflexions du lundi face au pessimisme ambiant

     

    Lundi 5 septembre 2016.

    Nouvelle semaine, nouveau mois, nouvelle rentrée. Un nouveau départ qui peut être synonyme de renouveau pour certain.e.s avec un nouvel emploi, un nouvel appartement ou encore de nouvelles bonnes résolutions. Et pourtant, on continue à entendre à la boulangerie, dans les transports en commun, au travail, lors des repas de famille que tout était mieux avant. Une sorte de nostalgie de l'avant 2000, du passé en général durant lequel nous aurions tous été plus heureux. 

    Ce pessimisme ambiant (bien que je ne fasse pas une généralité) me rappelle un livre que j'ai lu il y a peu, intitulé "Tout va mal... Je vais bien ! Comment vivre heureux dans un monde de merde" et écrit par Philippe Bloch. Le titre est osé et les propos détonent tout autant, mais je souhaitais vous partager quelques bribes de cet ouvrage que je recommande à tous et qui, je l'espère, pourra vous faire réfléchir.

     

    "Je me souviens de la façon dont l'an 2000 faisait briller dans les années soixante les yeux de l'enfant que j'étais alors. Voitures volantes, colonisation de l'espace, fusées habitées permettant de relier Paris à New-York en quelques minutes. L'imagination était au rendez-vous , et rien n'était trop beau pour me donner envie de l'avenir. 15 ans après cette échéance mythique qui relevait à l'évidence de la science-fiction, aucun horizon ni aucune utopie ne joue plus le rôle d'usine à rêves.

    Mauvaise humeur, agressivité, violence, esprit critique, aigreur, ronchonnement, corporatismes, éruption, fatigue et burn-out définissent dorénavant mieux l'Hexagone que ses inventions, ses chercheurs ou ses découvertes. A tort ou à raison, et pour la première fois depuis des siècles, une majorité de Français sont désormais persuadés que leurs enfants vivront moins bien qu'eux et que leurs chances de réussite sont moindres. Aucune société ni aucun groupe humain ne peut aspirer au bonheur s'il n'entrevoit pas des lendemains qui chantent, ou s'il estime que le meilleur est derrière luiA quoi bon vivre que si l'on s'épanouit que dans un passé que l'on sait révolu ?

    "Avant" (c'est-à-dire quand tout allait bien), il faisait froid l'hiver et pas trop chaud en été, tout le monde avait un travail salarié, le même pour toute sa vie, on pouvait faire l'amour sans mettre de préservatifs, on vivait entre "bons Français", les élèves (ils étaient tous blancs) respectaient leurs professeurs, le monde entier nous enviait et nous admirait, il n'y avait pas de bouchons ni de radars sur toutes les routes, l'air n'était pas pollué, le personnel politique n'était ni corrompu ni incompétent, le permis de conduire n'avais pas de points, on avait de "vrais" amis, on lisait de "vrais" livres qui sentaient bon le "vrai" papier, on restait en famille le dimanche, nos chanteuses gagnaient l'Eurovision, on ne divorçait pas, on regardait tous le même programme à la télé au même moment, on savait rire, on mangeait tous ensemble de bons petits plats faits à la maison, on pouvait boire un Pastis sur un zinc en fumant une cigarette, on ne portait pas tous les mêmes vêtements couverts de logos ridicules, les gens n'étaient pas tatoués ou recouverts de piercings, on faisait développer nos photos sur du papier mat ou brillant, on payait en francs, etc. Mais c'était avant. C'est terminé, et c'est bien cela qui nous rend malheureux.

    Rien ne prouve qu'avant était mieux qu'aujourd'hui. 

    La nostalgie est toujours mauvaise conseillère. Il est temps d'arrêter de nous en nourrir.

    A l'heure où chacun de nous dégaine sa Carte Vitale au moindre bobo, souscrit des assurances à tout-va, peut espérer vivre une retraite heureuse pendant vingt à trente ans et pianote sur son smartphone pour satisfaire le moindre de ses désirs, comment oublier que nos ancêtres ont vécu si longtemps dans la peur ? Que pendant des siècles, leur vie était menacée par d'innombrables dangers, ennemis, prédateurs, tyrans, dictateurs ou barbares. Que le souvenir de l'esclavage hante encore certains de nos contemporains. Que des noms ou des mots d'aussi sinistre mémoire qu'Auschwitz, Staline ou Apartheid appartiennent à l'histoire récente et résonnent encore dans l'esprit de nos parents ou grands-parents. Malgré les apparences, notre monde est en effet infiniment plus sûr et beaucoup moins violent et cruel que celui de nos ancêtres. Notre ère serait même la plus paisible dans l'histoire de l'humanité.

    L'histoire est un éternel recommencement, et ceux qui l'oublient finissent toujours par le payer au prix fort. A l'image de Luddites, ces ouvriers anglais du textile qui s'opposèrent violemment au début du XIXème siècle à l'arrivée des premiers métiers à tisser. Rien ni personne ne pourra freiner la croissance exponentielle des objets connectés et autres NBPIC (Nanotechnologie, biotechnologies, impression 3D, intelligence artificielle, cognitivité) ou limiter l'influence qu'ils vont avoir sur nos vies. Certes, des métiers vont disparaître. Mais des centaines d'autres vont être inventés. La clairvoyance et le courage imposent de le reconnaître et de l'expliquer, pour gérer au mieux la période de transition qui s'ouvre plutôt que se coucher devant les Luddites de demain qui fourbissent leurs sabres en oubliant qu'ils vont devoir affronter des drones.

    Notre démocratie est certes imparfaite, mais nous sommes plus libres et plus émancipés qu'aucune des générations qui nous ont précédés ne l'a jamais été. L'intelligence mesurée par le Q.I. n'a cessé de progresser depuis l'invention du test. Notre alimentation n'a jamais été aussi sûre. Les progrès de la médecine, boostés par les nouvelles technologies, nous permettent de vivre beaucoup plus longtemps et en bien meilleure santé. Ces dernières nous offrent la liberté unique de mener nos vies comme et où nous l'entendons. Trains à grande vitesse et avions nous permettent de parcourir l'Europe et la planète à notre guise. Les musées et les bibliothèques du monde entier nous ouvrent leurs portes sans même que nous ayons à nous y rendre physiquement. Les MOOCs nous invitent gratuitement dans les universités les plus prestigieuses. La plupart des biens de consommation courante n'ont jamais été aussi facilement accessibles au plus grand nombre, permettant ces dernières années à un milliard d'êtres humains de sortir de l'extrême pauvreté à une vitesse que nous n'avions jamais connue.

    Seulement voilà, pour faire du neuf, il faut bannir la nostalgie et accepter de se priver de tout ou partie de l'ancien. Or, le Français déteste Schumpeter, ce brillant économiste autrichien inventeur de la destruction-créatrice. Loin de concerner la seule sphère économique, sa théorie s'applique pourtant à chacun d'entre nous. Le reconnaître peut s'avérer douloureux, mais la marche du monde ne nous laisse pas d'autre choix que de l'accepter. En échange de quoi elle nous ouvre les portes d'un futur où tout reste à inventer. C'est la chance que nous avons. Alors profitons-en et embrassons l'avenir. Parce qu'il y a tant de rêves à vivre encore..."

     

    N'hésitez pas à partager en commentaire ce que cet extrait vous évoque. Sur ces paroles, je vous dis à très bientôt !

    Réflexions du lundi face au pessimisme ambiant

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Septembre 2016 à 21:30

    coucou ma belle!! merci pour cette découverte, c'est passionnant comme réflexion je trouve, à approfondir!! ;)

    gros bizz

      • Jeudi 8 Septembre 2016 à 10:25

        Coucou, je suis ravie que cet extrait t'ai plu, je t'invite alors à lire certains de ses ouvrages !

        De gros bisous

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